Missions d’observation électorale de la CEDEAO : quelle efficacité ?

Deuxième Edition du Sommet des Citoyens sur le Protocole sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance

Cotonou, les 8, 9 et 10 juillet 2021 au Palais des Congrès de Cotonou

THEME DU PANEL : LES MISSIONS D’OBSERVATION DE LA CEDEAO : QUELLE EFFICACITE ?


Angle du Communicateur : Quelles réformes du mandat électoral de la CEDEAO pour plus d’efficacités ?


Communicateur : Mohamed MADI DJABAKATE, Politologue et Auteur Togolais

INTRODUCTION

La CEDEAO tout comme les différents mécanismes qu’elle a mis en place font l’objet de nombreuses critiques depuis plusieurs années. Fustigée, décriée, l’organisation qui a été, depuis ses premiers jours, suspectée d’être un syndicat des dictatures régionales, a au début des années 2000 suscité de nombreux espoirs de refondation mais donne aujourd’hui près de 20 ans plus tard un spectacle du « chassez le naturel et il revient au galop ». Si la littérature prolifère à son sujet ce n’est non pas pour en faire l’éloge, mais pour pointer du doigt ses faiblesses, jusqu’à remettre en cause son existence même. Les missions d’observation électorale de la CEDEAO n’échappent pas à ces critiques et sont de plus en plus assimilées a du tourisme électoral financé par les Etats hôtes qui en retour s’attendent à un quitus extérieur pour valider la mascarade électorale en téléchargement.

Dans le cadre du scrutin présidentiel du 11 avril 2021, l’ancien président de la Sierra Léone, Ernest Bai Koroma, Chef de la Mission d’observation électorale de la CEDEAO, interrogé à propos de l’utilité des missions d’observation électorale avait réitéré qu’« en tant que CEDEAO, il est de notre responsabilité de soutenir nos Etats membres dans les processus électoraux et d’apporter nos recommandations. En tant que CEDEAO, nous avons essayé, à travers Econec (le Réseau des Commissions électorales de la CEDEAO) et autres d’améliorer le processus électoral dans la sous-région. Nous utilisons tous ces éléments pour pouvoir standardiser tout ce qui se passe dans notre sous-région ».
L’observation électorale « c’est désormais un vaste sujet de récriminations pour ne pas dire de méfiance. La question qu’on pourrait se poser est celle des attentes que l’opinion publique met dans une Mission d’observation. Qu’est-ce qu’ils voient quand ils sont là. Ils arrivent une semaine ou trois jours avant, peut-être que beaucoup de choses sont déjà jouées, d’où progressivement, il a fallu travailler à légitimer l’observation nationale avec des citoyens du pays qui ont l’avantage de mieux connaître leur terrain, mieux comprendre leurs langues, les subtilités sociolinguistiques, qui ont certainement la capacité de se déployer en plus grand nombre et à coût moindre. Un parlementaire européen qui descend, il faut lui prendre le billet d’avion, la chambre d’hôtel ; louer des bagnoles 4 x 4 sans parler de ses perdiems. Mais un enjeu pour nous Africains pendant qu’on parle de démocratisation, c’est aussi qu’on démocratise l’observation. Donc ça, ça s’est mis en place cahin-caha. Il y a des pays qui n’en ont jamais voulu pendant très longtemps comme le Togo » Joël Atayi-Guèdègbé, expert en gouvernance, membre de la société civile Béninoise.

Ces reproches sont‐ils justifiés ? Quelles réformes sont nécessaires ? Quel avenir pour l’assistance électorale de la CEDEAO ? Faut-il simplement la supprimer ?
Pour répondre à ces questions, je compte procéder en 3 étapes après avoir fait le point sur les objectifs de l’observation électorale : Un état des lieux concis en abordant la question de l’observation électorale communautaire et de son évolution ; Les obstacles rencontrées par ces missions électorales face aux attitudes très défensive des Etats lorsqu’il est question de leur souveraineté face à l’ingérence communautaire ; penser à haute voix à des propositions de réformes avancées et soutenues par différents acteurs et penseurs électoraux.

I. Contours de l’observation électorale

La plupart des États ont ratifié des conventions qui les obligent à respecter – entre autres éléments – le principe du suffrage universel et égal, le vote secret, et l’organisation périodique d’élections honnêtes, garantissant l’expression libre de la volonté du peuple. L’un des instruments majeurs, à cet égard, est le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui s’inspire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Dans ce même contexte, il existe encore d’autres instruments régionaux, tels le cadre de son Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance.

a. Le mandat électoral spécifique de la CEDEAO

L’assistance et l’observation électorales sont au cœur des stratégies de la CEDEAO dans les domaines de la prévention et de la gestion des conflits.
L’objectif de l’assistance électorale doit être d’accompagner l’institutionnalisation de la démocratie dans les pays membres, par la mise en place de processus électoraux durables, permettant la tenue d’élections libres et crédibles, à intervalles régulières.

La CEDEAO a adopté plusieurs documents pour soutenir la démocratie parmi ses États membres. En 1999, le Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité évoquait déjà le rôle central des élections dans toute stratégie de stabilisation et de prévention, en prévoyant la possibilité de les superviser. Deux ans plus tard, en 2001, un protocole additionnel à ce dernier, le Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance, fournissait plus de précisions à ce propos en transposant au niveau communautaire l’interdiction formelle de tout changement inconstitutionnel de régime en dehors des élections. Pour appuyer cela, un nombre important d’articles qui le composent sont en réalité destinés à l’organisation des élections, et à l’observation de celles-ci par la CEDEAO.

Le protocole additionnel de 2001 en son article 12 alinéa 3 précise que « la CEDEAO peut envoyer dans le pays concerné une mission de supervision ou d’observation des élections ».
L’importance que la CEDEAO attribue à l’observation électorale se comprend en examinant la procédure qu’elle suit lorsqu’elle doit décider le déploiement d’une mission : un simple décret du président de la Commission de la CEDEAO suffit à cet effet. L’autorisation préalable du pays membre où le scrutin est organisé n’est donc pas requise.

b. But et objectifs de l’observation électorale de la CEDEAO

La mission d’observation de la CEDEAO a pour objectif essentiel de s’assurer du bon déroulement des processus électoraux en vue d’une élection libre, transparente et crédible.
Un système démocratique efficace nécessite des élections régulières, inclusives, transparentes et crédibles. C’est pourquoi les missions d’observation électorales et les programmes d’assistance électorale sont un élément fondamental des organisations régionales pour promouvoir les démocraties, les droits de l’homme et la participation de la société civile dans les pays membres
Selon le Doyen ALI DIABACTE Tadjoudine, « l’observation nationale ou internationale a pour fonction de garantir la crédibilité et la transparence des élections. A ce titre, elle constitue l’un des éléments de prévention et de résolution des conflits liés aux élections. En effet, outre la collecte des informations, la présence des observateurs peut, de façon dissuasive, réduire les intimidations, les arrestations arbitraires et les assassinats ».
Ce faisant, l’observation électorale internationale est censée fournir une évaluation détaillée, indépendante et impartiale d’un processus électoral. L’observation électorale renforce la transparence et la responsabilisation, elle peut ainsi promouvoir la confiance du public dans le processus électoral ainsi que sa participation. Ceci peut contribuer à réduire les risques potentiels de conflits liés aux élections.

II. Etat des lieux de l’observation électorale

a. Une observation systématique et standardisée

L’observation électorale joue un rôle majeur dans la crédibilité, la transparence et la paix du processus électoral. C’est d’ailleurs la conviction de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) pour qui, dans sa Déclaration à l’issue du sommet d’Istanbul en 1999, « l’observation électorale peut jouer un rôle important dans le renforcement de la confiance d’un peuple dans le processus électoral ». La finalité des missions d’observation électorale est de s’assurer de la conformité ou non des élections aux normes nationales et internationales d’objectivité, de justesse et d’acceptation des résultats.
Il n’y a plus d’élections en Afrique de l’Ouest sans la présence d’une mission d’observation électorale de la CEDEAO. Je vais juste en mentionner quelques récentes et m’amuser à plagier les éléments de langage utilisés par le service de communication de la CEDEAO ou les Chefs de Mission eux-mêmes.

En fin de mission d’observation au Bénin dans le cadre de l’élection présidentielle du dimanche 11 avril 2021, Monsieur Ernest BAI KOROMA et sa suite sont allés soumettre au Chef de l’Etat, leur déclaration préliminaire sur le déroulement de l’élection. Face à la presse, il a affirmé qu’ils sont « venus, ce matin, rencontrer le Chef de l’Etat pour lui soumettre notre déclaration préliminaire. Les élections sont terminées ; nous avons compilé les informations concernant ces élections que nous avons consignées dans un document qui a été soumis au Président Patrice TALON. Nous avons également saisi cette occasion pour féliciter le peuple béninois pour avoir organisé des élections transparentes, pacifiques auxquelles les jeunes, les femmes ont participé ; les Institutions qui ont organisé ces élections, la Police et tous ceux qui ont contribué au succès de ces élections ».
La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a déployé une Mission d’observation électorale de 80 observateurs, dont 10 à long terme et 70 à court terme pour observer l’élection présidentielle couplée aux législatives de ce dimanche 22 novembre 2020 au Burkina Faso. Cette mission de l’organisation régionale qui entre dans le cadre de son Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance a été conduite par l’ancien Premier Ministre de la République de Guinée, son Excellence Kabiné Komara.
En vertu de son Protocole Additionnel sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) déploie une Mission d’Observation Electorale de 90 observateurs, dont 10 à long terme et 80 à court terme pour observer l’élection présidentielle couplée aux législatives de ce dimanche 27 décembre 2020 au Niger. « Ces 90 observateurs qui proviennent des Etats membres de la CEDEAO à l’exception du Niger, de la Cour de Justice de la CEDEAO, ainsi que du Parlement de la Communauté, ont pour mission de veiller au bon déroulement du processus électoral en vue d’une élection libre, transparente et crédible au Niger. La mission d’observation a été conduite par Namadi SAMBO, ancien Vice-Président de la République Fédérale du Nigeria.
L’ancien président de la Commission de la CEDEAO de mars 2012 à juin 2016, et ancien Premier ministre du Burkina Faso, Kadré Désiré Ouédraogo, a dirigé la mission d’observation électorale à court terme de l’organisation régionale pour l’élection présidentielle du 29 juillet 2018 au Mali. Pour ce scrutin, la CEDEAO a déployé une mission d’observation électorale composée de 171 observateurs, dont 150 à court terme et 21 à long terme, conformément aux dispositions du protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance relative à l’observation des élections et à l’assistance de la CEDEAO. Ce protocole autorise la Commission de la CEDEAO à soutenir chacun des Etats membres de l’organisation régionale qui organise des élections. La mission d’observation électorale ouest-africaine déployée au Mali avait pour rôle de surveiller toutes les phases préélectorales, électorales et postélectorales du scrutin, afin de s’assurer que le processus électoral respecte les meilleures pratiques internationales. Celle-ci avait été précédée d’autres missions, notamment exploratoire pré-électorale ; pré-électorale sécuritaire ; de solidarité, présidée par le président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou ; et d’une mission d’information, dirigée par le commissaire des Affaires politiques, de la Paix et de la Sécurité de ladite Commission, le Général Francis Awagbè Béhanzin. Et on se demande comment après tous ces moyens mis en œuvre le Mali s’est effondré ?

b. Une équipe d’observateurs politique sans réelle technicité

Le personnel nommé au sein des missions de la CEDEAO provient le plus souvent de sa propre administration, des administrations électorales des pays membres ou du corps diplomatique ouest-africain présent dans le pays où se tient le scrutin.
Les experts indépendants apparaissent, dans ce contexte, minoritaires. Quant au chef de mission, ce poste est attribué habituellement à une personnalité importante de la scène politique régionale, souvent un ancien chef d’État ou un ex Premier ministre (comme dans le cas de l’UA).

Une telle composition peut dès lors constituer une limite à l’autonomie de jugement de la mission par rapport aux agendas diplomatiques de la région : les fonctionnaires et diplomates restant soumis à des hiérarchies qui les lient indissolublement aux pouvoirs exécutifs de leurs organisations ou pays d’origine.
Depuis 2013, la Commission de la CEDEAO a toutefois lancé un programme destiné à rendre plus transparent le processus de sélection des observateurs, à travers la création d’un fichier électronique ouvert à toute personne compétente dans le domaine électoral. La CEDEAO voudrait par ce biais impliquer d’avantage les observateurs indépendants au sein de ses propres missions. À ce jour, cependant, celles-ci demeurent encore composées de nombreux fonctionnaires et diplomates.

c. Une observation plus diplomatique que technique

Les observateurs doivent en effet se borner à effectuer une analyse objective et technique du processus électoral, une analyse politiquement neutre et qui ne doit absolument pas apparaitre comme liée à un quelconque agenda diplomatique.

Une autre limite à l’autonomie des missions de la CEDEAO pourrait découler des procédures à travers lesquelles les observateurs de cette organisation doivent émettre leurs rapports relatifs aux résultats de l’observation.

Minutieusement détaillé, le système de rapports prévu par le Protocole de 2001, lie étroitement le personnel de la mission aux fonctionnaires de la CEDEAO, qui peuvent d’ailleurs participer à la rédaction du rapport final. Ce dernier sera ensuite envoyé au président de la Commission, qui le transmettra aux ministres des Affaires Étrangères de la CEDEAO ou à leurs ambassadeurs réunis au sein du Conseil de médiation et de sécurité.
Cet organe ministériel est le seul habilité à rendre public les résultats du monitorage et à émettre des recommandations visant à perfectionner le processus électoral du pays concerné

III. Proposition pour une Refondation de l’observation électorale

Au lieu de vouloir faire dans le business redondant de l’observation électorale, la CEDEAO doit plutôt œuvrer pour prendre le leadership dans les Missions Politiques Spéciales de certification.

a. Des éléments de la mission politique

L’objectif final de toute élection devrait être la désignation, de manière sereine (dans le respect des lois), de représentants, la répartition du pouvoir politique et la garantie de l’alternance (ainsi que, le cas échéant, la prévention ou le règlement de conflits). Le système électoral contribue à la réalisation de ces objectifs, car, en fonction de sa nature, il peut favoriser une véritable représentativité du corps élu – c’est-à-dire la garantie que les divers segments de la société soient effectivement représentés. Pour le moins, le système électoral ne doit pas conforter ou accentuer les divisions qui ont pu prévaloir jusqu’alors. Autrement dit, il importe que les acteurs nationaux et régionaux fassent de vrais choix en matière de conception ou de réforme du système électoral du pays, au terme d’un processus de consultation global et transparent. C’est cette capacité de délibération en amont qui rendra crédibles et acceptables les résultats de toute élection. Si cela n’a pas été fait, il ne sert à rien de se blaguer avec une mission touristique électorale pour forcer les acteurs de l’opposition à boire la mixture électorale jusqu’à la lie.

L’assistance électorale fournie par la CEDEAO devrait permettre en aval l’élaboration de politiques et l’application de mesures appropriées pour la promotion – autant que possible – de la participation de tous les secteurs de la société, y compris des groupes sous-représentés au niveau électoral ou marginalisés (et ce, aussi bien dans le cadre de la conception du système électoral que dans le contexte d’une éventuelle réforme du système). Le succès des élections ne se joue pas par les forces en présence le jour du scrutin mais plutôt par les forces qui collaborent depuis le début du processus pour s’assurer de son caractère inclusif ainsi que de sa transparence. Les mesures en question pourront être ponctuelles (c’est-à-dire adaptées à un événement électoral particulier), ou encore des mesures temporaires spéciales ou des programmes à plus long terme.

Sur la base des considérations que nous venons d’exposer, la principale responsabilité de la CEDEAO doit être d’assister et de conseiller en matière électorale les acteurs nationaux à prendre des décisions éclairées et reposant sur une excellente connaissance, par tous les intervenants, des obligations internationales et des objectifs politiques du pays, et d’adopter un système électoral ayant toutes les caractéristiques suivantes :
a) être conforme aux obligations et engagements internationaux du pays concerné ;
b) prendre en compte la situation politique, juridique, sociale et culturelle du pays ;
c) être fondé sur une définition précise, par les acteurs nationaux, des objectifs du système ;
d) contribuer à des processus politiques ouverts à tous et, le cas échéant, à l’élimination des facteurs de conflit – tels qu’une discrimination et une exclusion systématiques ;
e) permettre éventuellement de nouvelles orientations politiques ;
f) être conçu dans le cadre d’un processus ouvert à tous, transparent et inclusif ;
g) et ne doit pas faire l’objet de modifications constantes – notamment à la veille d’une élection.

b. De l’impérieuse nécessité de la certification communautaire des élections

Cette proposition trouve sa source dans la pratique des Nations Unies depuis sa mise sur pied lorsqu’elle est sollicitée pour accompagner les processus électoraux. Déjà dans les années 1960, les Nations Unies intervenaient dans les « territoires non autonomes », c’est-à-dire, les colonies, ou dans les « territoires sous tutelle », pour « vérifier » les élections, conformément au chapitre 10 de la Charte des Nations Unies et à la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux de l’Assemblée Générale.
Qu’il s’agisse d’une élection, d’un référendum ou d’un plébiscite, les Nations Unies, par le biais d’un mandat du Conseil de Tutelle, ont procédé à des vérifications qui ont pris des formes diverses : supervision, surveillance, ou observation. Ce fut le cas au Togo, au Cameroun, au Ruanda-Urundi, aux îles Cokes et au Samoa Occidental. La vérification a aussi été employée dans certains pays indépendants dans les années 1970, notamment au Nicaragua et en Haïti. S’il fallait se limiter exclusivement au bon vouloir d’une puissance colonisatrice comme la France, surement que le Togo et le Cameroun ne seraient devenus indépendants qu’en prenant la même voie que l’Indochine. Ce rôle joué par les Nations Unies peut être confié à la CEDEAO si elle tient vraiment à être garant de la paix et de la stabilité au niveau régional. Un rôle d’arbitre certificateur inspiré du modèle des Nations Unies avec quelques aménagements.

Dans les pays où elle a eu lieu, Il s’agissait de certifier que tous les stades d’un processus électoral donné fournissent toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes et aux standards internationaux. « La certification » est une activité récente des Nations Unies. Elle date des années 2000. Lorsque, après une crise profonde, les populations et les acteurs politiques d’un Etat membre, manquent cruellement de confiance dans les institutions nationales impliquées dans les élections (Commission Electorale, Ministère de l’Intérieur, Justice, Forces de l’Ordre), des accords politiques avalisés par une Résolution du Conseil de Sécurité peuvent amener les Nations Unies à « certifier », c’est-à-dire, « attester » que les étapes fondamentales du processus électoral se sont déroulées selon les normes et principes internationaux de d’équité, de liberté, d’inclusivité et de transparence.
Le Certificateur, généralement le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, doit s’assurer que toutes les garanties nécessaires sont réunies pour la réussite des élections. Il s’agit de sauvegarder aussi bien le processus que les résultats des élections. Il ne s’agissait pas à priori de rechercher les failles dans le processus électoral et de les sanctionner. Il ne s’agissait pas non plus de certifier toutes les étapes des élections, contrairement à certaines idées répandues, mais de veiller à ce que toutes les étapes se déroulent conformément au cadre légal et règlementaire établi.
Ce type de mandat est très rare. Dans l’histoire des Nations Unies, cela n’a été exécuté que dans deux (2) pays : Le Timor-Est en 2007 et le Népal en 2008. Le troisième mandat de certification concerne le processus électoral en Côte d’Ivoire.

Au Timor Est, le Conseil de sécurité dans sa résolution 1745 réaffirmant que les élections présidentielle et législatives à venir constitueront un pas important sur la voie du raffermissement de la démocratie au Timor-Leste, affirme au paragraphe 7 qu’il « prend note du travail accompli par l’Équipe indépendante de certification du processus électoral, encourage l’application de ses recommandations clefs pour rendre le processus électoral crédible, et encourage en outre la communauté internationale à apporter son soutien à ce processus, y compris par l’observation des élections ». Par ailleurs, le Secrétaire général dans son Rapport sur la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (pour la période allant du 21 août 2007 au 7 janvier 2008) a tenu à préciser que « durant une bonne partie de l’année écoulée, les autorités timoraises et la MINUT se sont surtout attachées à faire en sorte que les élections se déroulent dans un climat de paix. (…) Après le succès des élections de 2007, les dirigeants du pays ont souligné qu’il fallait renforcer les infrastructures et les capacités de base des institutions électorales et examiner le dispositif juridique en place pour les élections. La Commission électorale nationale et le Secrétariat technique de l’administration électorale ont établi leurs plans stratégiques à moyen et à long terme avec l’assistance de l’ONU. L’équipe électorale de la MINUT, avec le concours d’experts du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a aidé ces institutions et le Comité chargé de la révision des lois électorales, dirigé par le Gouvernement, à assurer des formations et à poursuivre les travaux menés pour réformer le cadre électoral. La MINUT et le PNUD ont aussi aidé les institutions électorales à organiser une réunion pour coordonner les opérations avec les pays donateurs et les organisations non gouvernementales (ONG) internationales. En outre, afin de soutenir les efforts déployés pour renforcer le rôle des femmes dans les processus électoraux du pays, la MINUT a organisé un atelier consacré à l’examen des directives correspondantes de l’ONU ».

Le cas des élections de sortie de crise en Côte d’Ivoire est une parfaite illustration. La certification, à l’origine, était une demande des parties signataires de l’accord de Pretoria de 2005 de voir les Nations Unies accompagner le processus électoral dans le contexte de sortie de crise, en vue d’élections ouvertes, libres, justes et transparentes.
En Côte d’Ivoire, quatre (4) instances sont chargés de s’assurer que le processus électoral se déroule de façon régulière, libre, transparente et pacifique : i) la Cour Constitutionnelle est chargée de connaître du contentieux pour les élections présidentielles et législatives ; ii) le Facilitateur (le Président du Burkina-Faso) a un rôle d’arbitre pour la mise en œuvre de l’Accord Politique d’Ouagadougou (APO) ; iii) les observateurs nationaux et internationaux se prononceront sur le processus ; iv) en plus de ces trois premières instances, le Conseil de Sécurité6 a donné mandat au Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONUCI pour certifier toutes les étapes du processus électoral à travers le paragraphe 6 de sa résolution 1765 adoptée en juillet 2007 où il « Décide de mettre un terme au mandat du Haut Représentant pour les élections, décide en conséquence que le Représentant spécial du Secrétaire général en Côte d’Ivoire certifiera que tous les stades du processus électoral fourniront toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législatives ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes internationales, et prie le Secrétaire général de prendre toutes les dispositions nécessaires afin que le Représentant spécial dispose d’une cellule d’appui lui fournissant toute l’assistance requise pour pouvoir s’acquitter de cette mission »

En cas de dysfonctionnement porté à sa connaissance, le Certificateur disposait de quatre niveaux d’action : 1) Il discute avec les acteurs impliqués et/ou les autorités concernées afin d’attirer leur attention sur les éléments de risque ; il les encourage à prendre toutes les mesures correctives nécessaires. 2) Si cette concertation n’aboutit pas, il contacte les protagonistes ivoiriens afin de trouver des solutions au niveau national. 3) Si cette démarche n’aboutit pas, le Certificateur a la possibilité de faire appel au Facilitateur pour son arbitrage. 4) Si l’arbitrage n’aboutit pas, il fait un rapport au Conseil de Sécurité pour les mesures appropriées à prendre

CONCLUSION

Dans tout ce folklore intellectuel et élitiste demandons-nous quelle réforme pour l’effectivité d’une CEDEAO des peuples sacrifiée depuis sa création sur l’autel de la CEDEAO des Chefs d’Etats et de Gouvernements.

En dépit de sa tradition d’observation électorale de plus en plus assimilée à un « acte réflexe » dans les pays membres, le climat politique est demeuré tendu tout le long des processus électoraux en général et des élections Présidentielles en particulier. Plusieurs sujets de controverses, dont les principaux sont les anomalies sur le fichier électoral, le manque de confiance entre les oppositions et le pouvoir ainsi que le parti pris présumé des juridictions électorales. Le tout sur fond d’un accompagnement controversé de la communauté internationale, laquelle est accusée d’être organisée dans une concertation permanente qui agit de façon coordonnée et parle d’une seule voix afin de forcer les populations à accepter ce qui leur sera imposé par les Organes de Gestion des Elections même si contraires à leurs choix exprimés.

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